Sur le papier, les food courts cochaient toutes les cases. Une promesse de convivialité sur tables partagées, de découverte de bons produits de petits producteurs et d’animations en tous genres… Exactement ce que recherche(raie)nt aujourd’hui les Millenials en quête de « repaires », les familles à kids et les bobos autant appâtés qu’épatés par les nouvelles expériences urbaines. Un fantasme de vivre ensemble porté par une perspective d’eldorado pour des centres villes fantômes, des halles historiques désertées et des centres commerciaux dévastés.
Aujourd’hui, les fermetures de food courts s’enchaînent : Rouen Food Hall, Lille Grand Scène, Lyon Part-Dieu, Paris-Montparnasse… Où est le problème ? Alors, certes, l’inflation et la morosité ambiante sont passées par là et les animations n’étaient peut-être pas assez motivantes face aux séries et aux réseaux sociaux. Les lieux étaient sans doute parfois trop sélectifs et les assiettes pas toujours à la hauteur de leur prix.
Certains souligneront même que tous ces food-courts sont des lieux fermés alors que l’imaginaire de la convivialité est solaire, nourri par celui des terrasses aux vertus émotionnelles et sociales. D’autres relèveront que l’assiette n’est plus si centrale (prix, particularismes alimentaires, poids des habitudes) et que la vraie motivation est désormais plutôt l’apéro, inclusif et fédérateur, pour lequel les adresses pullulent déjà en ville.
Le futur des food courts ne serait-il pas justement de leur répondre en devenant des « drink courts », un format inédit entre super cafés et petites salles de spectacles ? Des lieux vastes et accessibles, pour accueillir groupes et communautés, qui proposeraient une grande diversité de boissons, avec et sans alcool, et une offre food en mineur. Dans la lignée des néo caves à bières et à vins XXL qui cartonnent en périphérie, mais avec une programmation événementielle régulière (concerts, DJ sets, rencontres IRL pour les influenceurs, comedy clubs).
Les esprits les plus critiques ne pourront également s’empêcher de lire les difficultés des food courts comme un acte de résistance de la part de consommateurs lassés des lieux et des moments calibrés où tout a été pensé pour eux et non par eux. Des lieux de promoteurs et non d’habitants. Comme ces espaces de coworking ou ces hôtels tellement parfaits qu’ils ne permettent plus aucune appropriation et ne provoquent plus d’étonnement. Pourtant, les deux conditions d’une véritable convivialité.
So What ?
L’intérêt porté aux food courts est révélateur du rôle désormais attribué à l’assiette : une promesse de vivre ensemble autant que d’équilibre alimentaire… La rencontre de l’individuel et du collectif.
