La nature a toujours exercé un fort pouvoir d’attraction sur les urbains. Nous le savons depuis Marie Antoinette mais force est de constater que cet attrait a décuplé depuis la crise sanitaire et n’a, depuis, jamais faibli. Pour preuves récentes, la dernière « exposition » proposée par Le Bon Marché, jamais en retard d’une tendance, baptisée Tous à la ferme, les bottes en caoutchouc imaginées par Aigle en collaboration avec le célèbre taxidermiste Deyrolle ou encore le succès du Perche (territoire fantasmé écartelé entre trois régions et quatre départements) comme destination secondaire.
Si la nature a longtemps été une question de produits et d’origines, gages d’authenticité pour le plus grand bien de nos assiettes, elle devient affaire de terroirs davantage que de territoire quand il s’agit de conquérir nos salles de bain et nos routines. Impossible, aujourd’hui, de se contenter d’un shampooing aux pommes vertes et si la référence à la Provence peut encore déclencher une envie de yaourts à l’abricot, pour les crèmes de soin, les marques sont invitées à préciser la géographie d’origine de leurs ingrédients : une plante médicinale, une herbe rare, une racine oubliée, une fleur sauvage oui, mais issue de terroirs protégés, cultivée dans un Domaine ou dans le Jardin d’une Maison associés à un imaginaire puissant. Le terroir plutôt que la carte. Et si jamais il est question de laboratoire, celui-ci sera forcément « à ciel ouvert ».
Chaque lieu de production évolue ainsi en territoire, associé à une qualité de vie et à une tradition, avant de finir en terroir fertile protégé, vivant, porteur de richesses minérales et associé à des conditions climatiques exceptionnelles. Les origines comme gage d’efficacité.
Parmi les marques qui se sont engouffrées sur ce territoire du terroir, on peut citer Sujet, une nouvelle marque de parfums produits en quantités très limitées car « façonnés au rythme de la terre, de l’effort et de la patience des agriculteurs » ou encore Tata Harper, Beau Domaine ou Dix Hectares, incarnations de la Farm cosmétique (Farm to Face), ultime marché de niche après la Slow cosmétique, la cosmétique Vegan et la Home cosmétique.
Ici, on parle de « géodermie » pour souligner que la peau n’est pas si différente de la terre : deux écosystèmes stratifiés vivants et fragiles mais capables de régénération. La nature dans la peau. Faut-il s’attendre à voir, un jour, apparaître une AOP sur nos onguents ?
So What ?
Après la cosmétique bio, place à la cosmétique de terroir. Avec les mêmes promesses de circuits courts, de respect, de sols vivants et de producteurs engagés mais associée à un imaginaire plus précis.
