3 juin 2019

Foodtainment

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Le 12 avril dernier ouvrait, à Paris, le premier Eataly de France, un food-court de 2.500 mètres carrés entièrement dédié à la culture alimentaire transalpine : restaurants divers, épicerie de compétition et même école de cuisine. Deux semaines plus tôt, les Galeries Lafayette inauguraient leur nouveau flagship sur les Champs-Elysées, en lieu et place de l’ancien Virgin. Une autre forme de mégastore… Au sous sol, une dizaine d’enseignes de restauration sont installées où produits de la mer, assiettes asiatiques, coffee-shops (bio et sans gluten, of course) et caves à manger (vins naturels et sans sulfite) côtoient les offres les plus pointues de pâtés en croûte, gâteaux et autres chocolats.

A Vélizy 2, depuis les travaux d’agrandissement, il faut désormais compter avec Les Tables de Vélizy, soit 40 enseignes de restauration et autres « pauses gourmandes » proposées aux visiteurs, alors que l’on annonce dans la presse professionnelle l’ouverture prochaine de plus de 5.000 mètres carrés dédiés à la restauration au cœur de La Défense d’ici la fin de l’année… C’est à se demander si les enseignes hors alimentation intéressent encore quelqu’un… 

Premier constat, il s’agit là davantage de concepts de restauration que de restaurants. Autrement dit, de lieux où l’on ne peut consommer qu’un plat avant de se rendre ailleurs pour penser au dessert. Une logique de consommation fragmentée engendrée par le fooding il y a une vingtaine d’années et qui, depuis, séduit de plus en plus. Second constat, ces enseignes proposent une offre permanente au fil de la journée, cassant au passage les rites de services habituels, entre 12h et 14h30. L’argument des « cuisines qui sont fermées » ne sera bientôt plus jamais avancé et chacun pourra manger ce qu’il veut, au moment où il le veut… Enfin, ces offres veulent toutes être perçues comme des signes de statut, des lieux qu’il « faut » avoir visités, semblables aux sacs ou sneakers qu’il « faut » posséder pour se sentir intégré à la modernité ambiante. Là est la principale révolution. L’imaginaire suscité par ces enseignes de la restauration vaut celui des marques de mode.

Quand le prêt-à-porter est accusé de sans cesse pousser à l’accumulation, le fooding se présente comme une expérience permanente. Mieux : une expérience à partager. Pas étonnant que toutes les enseignes veulent avoir leur part du gâteau…

So What ?

La mode et l’assiette ont beaucoup de vocabulaire à partager : créateur, collection, séries limitées, métier, atelier, sur-mesure, mais aussi origine, eco-responsabilité, traçabilité.