L’évolution du commerce est souvent à l’origine de celle des villes. Hier, la désertification de leurs centres, suite à l’installation de zones commerciales périphériques ; aujourd’hui, la multiplication des enseignes de restauration rapide en leur cœur, au détriment des commerces de la vie quotidienne. Un troisième chapitre est en train de s’écrire : celui des commerces communautaires fréquentés par une même typologie de consommateurs.
Il peut s’agir de touristes, d’ici ou d’ailleurs, de foodeurs et de passionnés pour un univers en particulier, comme d’influenceurs égarés dans le monde réel, en quête d’un lieu d’attache physique. Certains quartiers se caractérisent ainsi, désormais, par une présence excessive de coffee-shops, de néo-boulangeries instagrammables, de vitrines s’exprimant en anglais (sorry we are closed), d’établissements proposant de petit-déjeuner toute la journée, de cafés aux façades recouvertes de fleurs en plastique et de vrais-faux Bouillons aux story-tellings calibrés. A l’inverse, certaines adresses, établies depuis toujours, peuvent se retrouver subitement sur la carte de la désirabilité (les adresses « secrètes ») provoquant des tensions nouvelles avec les habitants bousculés dans leurs habitudes.
Parmi les nouvelles figures du commerce urbain à vocation communautaire, on peut aussi citer les magasins éphémères, toujours associés à des promesses d’expériences singulières, ceux qui ne sont que des vitrines pour des sites de e-commerce ou ceux qui ne visent qu’une clientèle internationale fortunée, partout chez elle dans le monde mais indifférente aux réalités locales. Enfin, n’oublions pas les enseignes éthiques, qui vendent de la citoyenneté, et celles entièrement consacrées aux petits prix, fins de série, drops, déstockage, seconde main, dupes ou fast-fashion, de plus en plus nombreuses et qui finissent par constituer un monde parallèle où chacun éprouve le sentiment grisant d’avoir été plus malin que les autres.
C’est une nouvelle photographie du commerce qui émerge sous nos yeux et dessine notre futur. Certains y verront le signe de sa vitalité et de sa capacité à toujours inventer de nouveaux codes et de nouveaux imaginaires, loin de l’uniformité des flagships que les futurologues nous avaient prédits. D’autres regretteront l’étanchéité de chacune de ces formes qui laissent peu de place au brassage, à la découverte et à la rencontre qui sont pourtant la raison d’être du commerce.