Si chaque crise s’accompagne de son lot de bonnes résolutions, qui ne tiennent guère longtemps, elle modifie aussi durablement certaines de nos habitudes et bouleverse nos imaginaires. De la crise sanitaire, ce ne sont pas les belles décisions en faveur du climat (ne plus prendre l’avion, privilégier les acteurs de proximité) ou des derniers de cordée qui sont restées ancrées, mais les apéros en terrasse au point d’avoir vidé les salles des restaurants.
Cet été caniculaire aura transformé nos vies. Notre vestiaire urbain s’est enrichi d’un éventail ou d’un ventilateur portable, d’un chapeau ou d’une ombrelle. Aérer son appartement très tôt le matin est désormais un réflexe ainsi que penser à bien orienter son ventilateur en évitant le visage pour ne pas assécher ses voies respiratoires. Rideaux, voiles d’ombrage, stores et volets se sont installés dans nos réflexions. Les marchés nocturnes séduisent comme jamais et tous les chefs désireux de continuer à attirer du monde ont su imaginer des menus froids. Dans les restaurants asiatiques, les cold noodles et les cold ramen font le buzz. L’adaptation se fait aussi dans l’assiette.
En ville, chaque espace climatisé est devenu une oasis pour les réfugiés climatiques, qu’ils vivent ou non dans des passoires thermiques : une médiathèque, une salle de cinéma, un magasin, un centre commercial voire un lieu de coworking et même l’open-space que l’on s’était empressé de quitter pour lui préférer la visio. Un véritable parcours de clim’ surfing qui peut aller jusqu’à squatter tous les « espace de convivialité » imaginés par les architectes de la modernité : un canapé, deux fauteuils, une fontaine à eau et une plante verte devenus soudainement ultra-convoités.
Après les boulangeries lieux de vie, où l’on ne vient plus seulement acheter son pain, et les enseignes qui proposent de tout à petits prix où l’on entre sans liste de courses, voici les lieux de vente où l’on se rend sans aucune intention d’acheter. Seulement pour se rafraîchir, passer un moment ou faire une petite sieste. Depuis le temps que l’on répète que les magasins ne sont pas que des lieux de transactions mais d’expériences, en voilà une que l’on n’avait pas vu venir.
Reste aux enseignes à s’organiser pour les prochaines canicules en imaginant des propositions inédites capables de nourrir les réseaux et d’attirer les passants. Derrière chacun d’eux sommeille un consommateur qu’il ne faudrait pas laisser dormir trop longtemps.