Quand on demande aux experts d’imaginer le commerce de demain, il y a ceux qui le voient comme un lieu d’expériences et d’exception, entre galerie d’art et show-room, et ceux qui l’envisagent comme entièrement livré aux nouvelles technologies, ouvert 24h24 et doté de toutes les puces, caméras et code-barres imaginables pour paraître autonome. Le CES de Las Vegas est souvent son lieu de naissance. D’un côté, le tout émotionnel ; de l’autre, le tout technologique. Et, dans les deux cas, une place assez limitée accordée à l’homme, réduit à une simple présence, dépourvu de tout rôle relationnel.
Mais il est également possible d’imaginer le futur en accordant de l’attention au présent. Cette année, dans le trio de tête des enseignes préférées des Français figurent Action, Leroy-Merlin et Decathlon. Picard, Leclerc, Ikea et Grand Frais ne sont pas loin. La progression d’Action (absente du classement en 2019, 9e en 2020, 7e en 2021, 3e en 2022 et à la première place depuis 2023) dans un contexte économique tendu ne peut laisser indifférent. Les clés de son succès ne seraient-elles pas aussi celles de la porte du commerce de demain ?
Assortiments limités, renouvellements permanents, offres originales, surprises à chaque visite : voilà les conditions pour transformer chaque venue en actes d’achat. Et si ne pas savoir ce que l’on va trouver dans un magasin devenait l’insight clé du commerce de demain ? Aux antipodes de l’image d’un consommateur rationnel qui préparerait ses visites en magasin et de l’idéologie techno-prédictive fondée sur la maîtrise des datas…
On pourrait aussi évoquer ici la bonne santé du secteur de la boulangerie qui aiguise l’appétit des investisseurs de tous poils alors que le commerce, dans son ensemble, subit une crise grave. Multiplication des formats et des présences, diversité des offres et des concepts, la boulangerie est multi-moments, avec de multi-raisons de s’y rendre. Sensorielle par ses odeurs, ses saveurs et ses couleurs, elle est un lieu de plaisir intégral, accessible à tous et, sans doute, même le dernier commerce de la mixité sociale. On peut y prendre un café, y petit-déjeuner ou déjeuner quand on veut car ses horaires sont aussi larges que ses prix. Mieux encore : on ne sait pas toujours à l’avance ce que l’on y achètera puisque la décision se fera lorsque l’on sera face à l’offre.
Pas si éloignées que ça d’Action, finalement, les boulangeries…