Il fallait que cela arrive : après des années d’immersion dans le digital, envisagé comme substitut du réel, de nombreux signes émergents viennent aujourd’hui confirmer un soudain appétit pour la real life de la part des plus jeunes. La vie est un éternel balancier.
Le succès actuel des Book Clubs et des Reading Parties est l’exemple préféré de tous ceux qui aimeraient voir la Gen Z plus lisible qu’elle ne le paraît. Tout comme celui du Offline Club, né aux Pays Bas en 2022, dont la vocation est de proposer à ses abonnés des activités qui les tiennent à distance de leur smartphone, ou le retour en grâce des jeux d’échecs, pratiqués dans des Chess Club, et des jeux de société réputés désuets comme le backgammon ou le puzzle en contrepoints des escape games.
Les Walking Clubs, les Running Clubs et autres activités urbaines et sportives à partager recrutent également comme jamais, au point de venir concurrencer à leur façon les applications de rencontres. Sur TikTok, les analog bags contenant de quoi s’occuper sans son smartphone (carnet de dessin, jeu de cartes, voire tricot) ont eu leur quart d’heure de gloire cet été, preuve que l’envie de réel est bien là, au tournant de chaque instant. On pourrait encore citer l’engouement pour les cafés céramique, les ouvertures récentes de papeteries à la gloire des savoir-faire ancestraux (à Paris : Lignon 1895, Papier Royal, papeterie Koya) et même les initiatives des majors consistant à organiser des sessions d’écoute dans des « listening bars » intimistes à l’occasion des sorties en ligne de leurs albums.
Les voies d’accès au réel n’ont jamais été aussi nombreuses. Certains y verront un désir de ralentissement, de se soustraire aux réseaux et à la pression de l’immédiateté. Une manière de reconquérir le temps présent et l’espace par des pratiques individuelles réellement partagées. Un acte de résistance. D’autres, un dommage collatéral à retardement de la crise sanitaire, cinq ans après. La preuve de la persistance de cet épisode. En 2020, la Gen Z avait vingt ans. Pour elle, le présent s’était soudainement étiré à l’infini, l’espace rétréci et les habituelles frontières entre intérieur et extérieur abolies, rendant difficile toute projection. Comment s’étonner qu’elle cherche aujourd’hui à retenir le temps par des pratiques lentes et déconnectées au sein de communautés électives protectrices ?
So What ?
Toutes les marques peuvent profiter de l’envie de réel qui anime la Gen Z. Elles doivent pour cela imaginer des moments partagés, de préférence non marchands, qui feront d’elles des points de ralliement communautaires.
