Au sein de la gare du Nord saturée de comptoirs de restauration rapide, une nouvelle enseigne vient de voir le jour, face à la voie 12, née du rapprochement des Cafés Richard et de Bouillon Service. Café de quartier vise, comme son nom l’indique, un public large, populaire et quotidien qui va et vient dans la gare à toute heure. Historiquement, chaque gare possédait son restaurant. Les Buffets de la gare et autres Buvettes désignaient les endroits où se donnaient rendez-vous tous ceux qui acceptaient d’attendre. Quelqu’un, le train ou que la journée passe. Les gares ont, depuis, mué en food-courts géants où chaque enseigne propose ce qui fait sa réputation.
L’apparition de Café de quartier est d’abord une manière bienvenue de renouer avec une diversité de propositions en un même point de vente. De quoi nourrir une journée entière, du café-croissant aux ravioles du Dauphiné et à la saucisse purée en passant par l’œuf mayo, la mousse au chocolat ou le riz au lait, sans oublier le goûter et l’apéro, nouveaux rendez-vous stratégiques pour la restauration. Chaque offre est un moment.
Café de quartier est aussi l’illustration de la plasticité du bouillon. Fondé à l’origine sur une proposition de cuisine populaire, accessible et transgénérationnelle, servie rapidement et avec enthousiasme dans une salle grouillante, le bouillon est devenu synonyme de « bon, rapide et pas cher pour tous ». Un fast-food à la française, associé à une promesse d’expérience. Soit exactement ce qu’attendent tous ceux qui vont aujourd’hui au restaurant en surveillant de près leur carte bleue. Il ne lui en fallait pas beaucoup plus pour devenir un concept.
C’est chose faite avec Café de quartier, hybridation de deux formats à forts imaginaires capables de rendre désirable ce qui, ailleurs, ne susciterait qu’un faible intérêt (croissant, œuf mayo, saucisse purée, mousse au chocolat). La vente à emporter devient un imaginaire à emporter. Plus besoin de zinc, de salle conviviale ni de serveurs empressés, les plats suffisent car ils sont un langage visuel, l’expression d’un story-telling bien maîtrisé au service d’un imaginaire fédérateur. Un filon qu’il serait dommage ne pas exploiter. Jusqu’au 1er novembre, Picard regroupe ainsi une sélection de ses grands classiques de la cuisine française sous l’appellation « façon Bouillon » et, sur les grands boulevards, Ma ! se présente comme un « bouillon chic italien » (?!). L’époque n’a jamais été aussi bouillonnante.
So What ?
La crise traversée actuellement par les restaurants tient pour partie à leur absence d’imaginaire. Ce n’est pas par hasard si, outre les bouillons, ce sont les restaurants immersifs et étoilés qui ont la cote…
