Que faut-il voir cette année au Mondial de l’Auto ? La 2CV. Après la Fiat 500 et la Renault 5, c’est au tour de Citroën d’ouvrir son album de famille et d’en extraire celle qui a été vendue à plus de 5 millions d’exemplaires durant plus de 40 ans. Quand toutes les marques se demandent comment ressusciter le désir chez leurs clients dévitalisés et récréer sur les réseaux un état d’excitation trop rarement associé à la consommation, la réponse est sous leurs yeux, Porte de Versailles.
La nouvelle 2 CV n’est, certes, pour l’instant, qu’un concept-car mais pensé comme une vraie voiture commercialisable en 2028 si l’on en croit le constructeur. 100 % électrique et à moins de 15 000 euros. Une réalité, presqu’un rêve. La nostalgie est donc ce qu’elle a toujours été : un moteur du désir. Pour les uns, un désir de fuir la banalité d’un quotidien morne. Pour les autres, un désir de renouer avec des souvenirs joyeux. Qui n’a pas envie de monter à bord de cette 2 CV aux couleurs pop, ode à l’optimisme et à la jeunesse éternelle ? Qui n’a pas envie de s’échapper un instant de ces carrosseries lisses aux formes consensuelles, toutes issues des mêmes logiciels artificiellement intelligents ?
Il fut un temps où les années 2000 incarnaient le futur et faisaient rêver. Le futur s’est, depuis, autodétruit. Retour à la case passé.
La force d’attraction de la nouvelle 2CV tient d’abord à tous les souvenirs qu’elle convoque instantanément. Même auprès de ceux qui n’en ont jamais possédé mais qui ont en tête des récits parentaux. Elle tient aussi au choc esthétique qu’elle produit. Un pied dans le connu rassurant, la reconnaissance d’un familier oublié et un autre dans l’étonnement, la surprise de la forme retrouvée. S’étonner sans perdre pied. Elle tient également à sa capacité à provoquer des échanges, à construire de la conversation. La forme au service du lien. Les vertus de l’intergénérationnel ne sont plus à rappeler ici. Enfin, la 2CV marque le triomphe de la simplicité sur la technicité et de l’usage immédiat sur l’infini des options qui ne seront jamais utilisées. La 2 CV n’a pas été imaginée pour changer le monde mais pour servir notre monde. Une leçon d’humilité.
En attendant de rouler en 2 CV électrique, on peut toujours regarder le dernier spot Intermarché : un repas de famille du dimanche ambiancé façon Claude Sautet, entre rôti pour tous, convives en surnombre et engueulades théâtralisées. Ne manque qu’une 2 CV derrière la fenêtre.
So What ?
Après l’intergénérationnel, la nostalgie s’installe comme un puissant levier pour toutes les marques désireuses de réactiver l’envie d’acheter. Qui peut résister à la perspective de revivre sa jeunesse ?
