Pour esquisser les contours du commerce de demain, il n’est pas toujours nécessaire de se rendre à l’autre bout de la planète. Il suffit parfois de regarder avec attention ce qui se passe en bas de chez soi.
Rue Pastourelle, dans le 3ème arrondissement de la capitale, une file d’attente se forme régulièrement devant le numéro 21. Ici, pourtant, pas de coffee shop ou de pâtisserie éphémère instagrammable, mais le magasin SimpleRainbow, une marque de ballerines venue de Shanghai (150 euros la paire) jouissant d’une forte notoriété sur les réseaux. Point de vente serait d’ailleurs plus juste que magasin, vu la taille (très) réduite du lieu, l’absence de vitrine et de mise en scène puisqu’on y pénètre par une simple porte à petits carreaux et que les ballerines sont rangées sur des étagères dans des sachets. L’entrée se fait au compte-goutte d’où la file d’attente sur le trottoir…
Un peu plus loin, toujours dans le quartier du Marais, véritable laboratoire en plein air du commerce de demain, rue de Saintonge, la marque pointue Satisfy se présente désormais sous la forme de deux magasins en vis-à-vis : d’un côté de la rue, sa ligne de vêtements et d’accessoires innovants dédiés au running, présentée parmi des œuvres d’art et des objets personnels choisis par le fondateur, de l’autre, un comptoir destiné à la préparation et à la récupération sportive imaginé avec une spécialiste en nutrition reconnue.
Enfin dans les Galeries du Palais-Royal, chacun aura pu remarquer la présence, depuis cet été, d’un atelier de gravure associé à une offre de belle papeterie (baptisé Papier Royal) dans un cadre faussement historique mais récréé avec précision à la manière celui de Buly. Rien d’étonnant quand on sait que ce concept transhistorique a été imaginé par le même directeur artistique. Une manière de surfer sur le retour de l’analogique, ultime signe de distinction face au trop plein numérique.
Trois magasins, trois modèles pour demain. Le magasin Point de Ralliement destiné aux communautés de passionnés, conjuguant intimité et confidentialité. Le magasin Wellness où mode et bien-être fusionnent pour une pratique sportive urbaine et stylée. Et le magasin Patrimoine Revisité en rupture avec toutes les tendances du moment, mais rassurant car à la gloire d’un savoir-faire du passé.
Dans les trois cas, un commerce de taille réduite, sans démonstration tapageuse et pourtant envisagé comme une destination fortement émotionnelle. Une leçon pour toutes les marques qui rêvent de posséder leur flagship.
So What ?
Après n’avoir été que des lieux de transactions, les magasins doivent devenir des destinations. Cadre intimiste, esthétique codifiée, présence en centre-ville et offre resserrée : le nouveau visage du commerce de proximité.
